Aux Gambier

C’est l’endroit le plus éloigné de notre point de départ que nous visiterons au cours de ce voyage. Le plus Est et le plus Sud. Le tropique du Capricone (23° 27’ S) est à peine à quelques milles au Sud. Il fait un peu moins chaud que dans les Tuamotus. Rien de grave, seulement 2 ou 3 degrés mais on le sent un peu la nuit et on se couvre parfois d’un drap. La prochaine navigation (vers les Marquises) nous rapprochera un peu de l’arrivée.

On l’a attendue longtemps cette fenêtre météo mais on bien fait. 4 jours pour parcourir les 470 milles (notre plus grande navigation jusqu’à présent !), entre travers et grand-largue dans 10 à 20 nœuds de vent, parfois un peu moins. On a dû faire en tout une dizaine d’heures de moteur. Temps assez couvert mais pas trop de grains. Sous spi, Appel d’air nous a bien largués dans les premières heures puis le vent forcissant et refusant un peu, ils ont été contraints d’affaler et on les a recollés peu à peu. Nous avons à bord un spi asymétrique trop grand pour le bateau et on ne peut le porter que par tout petit temps. On a toujours été à portée de VHF et c’était sympa de pouvoir se causer régulièrement.
A signaler des passagers clandestins sur chacun des 2 bateaux : un exocet (poisson volant) qui a terminé son vol dans la cabine de Julie en pleine nuit et un crabe qui se baladait dans celle de Mathéo. On voit bien comment le poisson est entré, par le hublot, mais on s’est demandés comment le crabe était arrivé jusque-là…
On aurait dû mettre juste un peu plus de 3 jours mais ça nous faisait entrer dans le lagon à la tombée de la nuit et on a préféré ralentir pour arriver dans la passe au lever du jour. Le chenal pour rentrer à Rikitea (la « capitale » sur l’ile principale de Mangareva) est assez étroit et pas éclairé. Pas facile de ralentir un bateau qui navigue au portant. Avec 3 ris dans la grand-voile et le génois entièrement roulé on avançait toujours trop vite. J’ai fini par mettre une ancre flottante qui nous a ralentis à moins de 3 nœuds, parfait pour être dans la passe à 5h du matin. Je n’en avais jamais utilisé avant et je dois dire que c’est très efficace. Magnifique lever de soleil sur les îles.
Les Gambier sont un parfait mix entre les atolls des Tuamotus qui culminent à quelques mètres au dessus du niveau de la mer et les Marquises où il n’y a que des iles hautes sans barrière de corail. Ici le lagon qui s’étend sur 18 milles dans sa plus grande dimension avec des motus sur la barrière comme aux Tuamotus abrite plusieurs iles relativement hautes (446 m pour le point culminant de Mangareva). Dans quelques millions d’années, les iles auront disparu et il ne restera que l’atoll. L’île principale, Mangareva, fait environ 6 km de long. Y habitent la quasi-totalité des habitants de l’archipel, soit un peu plus d’un millier d’habitants. Il y a 3 autres iles habitées (Taravai, Aukena et Akamaru) mais par quelques habitants seulement. L’histoire de ces iles est liée à celle du Père Laval, un missionnaire français arrivé ici vers 1830. Il a assez rapidement converti la population locale et leur a fait construire pas mal d’églises assez impressionnantes compte tenu de la taille des iles. Evidemment, la population à l’époque devait être beaucoup plus nombreuse qu’aujourd’hui mais quand même … L’église de Rikitea, le plus grand édifice religieux jamais construit en Polynésie, est bien plus grande que la cathédrale de Papeete! Autre exemple, celle de Taravai, bien plus grande que l’église de Bréville alors que seulement 6 personnes résident en permanence sur l’ile. Il n’y a malheureusement plus de prêtre aux Gambier et les pratiquants se regroupent de temps en temps en assemblées de prière. Certains guides touristiques racontent qu’un bon nombre des ouailles de Laval s’est tué à la tâche et le reste a été peu à peu dégouté de la religion chrétienne. Toujours est-il que Laval a été finalement rappelé à Papeete par l’évêché et remplacé. Restent les églises dont certaines sont classées et donc entretenues.
Nous avons d’abord passé quelques jours à Rikitea pour se ravitailler et lire les emails. On trouve plein de fruits ici. On est malheureusement arrivés un peu tard pour les letchis mais on trouve assez facilement pamplemousses, citrons, bananes, fruits de la passion, papayes et avocats. Il y a notamment sur la place de l’église 2 pamplemoussiers et un avocatier qui ne sont à personne et sur lesquels on peut se servir. Pour le reste, les locaux en donnent assez volontiers si on leur demande. En tous cas ça fait du bien de manger des fruits après quelques mois de Tuamotus où on n’en trouvait que rarement dans les épiceries. On a envoyé à Amanu à Adrien et Aline la semaine dernière un sac de pamplemousses par le cargo qui ravitaille les iles. Par contre il n’y a pratiquement pas de production locale de légumes. Et le dernier cargo n’avait que des carottes, des oignons et du chou blanc.
Depuis 2 semaines que nous sommes ici, nous alternons les mouillages au village pour ravitailler et dans d’autres endroits du lagon où on retrouve un peu plus d’isolement et où l’eau est plus claire. Le long des motus sur la barrière on retrouve des impressions de Tuamotus mais avec les cocotiers en moins. Que des conifères et des pandanus. Il faut dire qu’au Gambier, point de coprah, l’économie, c’est la perle. D’ailleurs le lagon est truffé des bouées des fermes perlières et il vaut mieux ne pas s’écarter des chenaux. Les noix de coco vont un peu nous manquer.
Nous sommes allés rendre visite à Eric dans sa ferme perlière sur un motu pas très loin de l’aéroport. Nous avions pour lui une lettre qui nous avait été confiée par un voilier rencontré à Amanu. Il était en voyage à Tahiti mais nous avons vu son fils (Eric aussi) très sympa qui vient de finir des études de commerce à Bordeaux et va reprendre la ferme. Ils ont 2 maisons à l’extrémité Nord du motu, avec une bande de sable le long d’une petite passe et une super plage. Un pur spot! Ombre au tableau : la femme d’Eric a disparu en mer en aout dernier alors qu’elle faisait le trajet entre leur motu et Rikitea. La barque a été retrouvée vide à Mururoa à 200 milles d’ici.
Autre chouette mouillage : à Taravai devant chez Hervé et Valérie. Ils vivent avec leur fils Ariki dans une petite maison au bord d’une chouette plage. On a fait un match de volley très disputé devant chez eux avec Appel d’air. Leur famille constitue la moitié des 6 habitants de l’ile. Il y a aussi Marcel qui habite un peu plus loin et nous a indiqué le début du sentier qui permet de rejoindre l’autre côté de l’île. Une ballade de 20 minutes d’après lui. En fait on a mis une bonne heure à crapahuter à travers la végétation et Elise et Jean ont pas mal râlé. Au bout du chemin on a fait une pause goûter chez Denise et Edouard. Ils sont retraités là dans une maison sympa au bord de la plage et ils passent leur temps à cultiver leur potager. On peut leur acheter des légumes. Les tomates n’étaient pas encore mures mais c’est bon à savoir pour plus tard. Au retour on a revu Marcel qui nous a laissé cueillir des fruits de la passion et des pamplemousses dans son jardin.
Une mauvaise surprise : les méduses. Il y a une variété inoffensive, celles qui n’ont pas de tentacules. Par contre les autres, avec du bleu dans le chapeau et de longs filaments piquent très fort. Jean (3 fois) et Elise (2 fois) ont déjà testé et ça a l’air bien douloureux. On les voit mal parce qu’elles sont assez petites (le chapeau fait environ 5 cm de diamètre) mais les tentacules sont assez longues et c’est elles qui sont urticantes. Elles laissent de bonnes brulures sur la peau et il n’y a pas grand-chose à faire que rincer pour être sûr qu’il ne reste pas de bout de tentacules. Il n’y en a pas tout le temps heureusement. Plutôt par temps calme. En particulier les jours ventés où on a fait du kite il n’y en avait pas. Heureusement… A noter les gros progrès de Sophie qui tire maintenant des supers bords. On a adopté la technique Adrien où je la suis en annexe et je peux la conseiller et lui ramener sa planche quand elle la perd. Et aussi la récupérer quand elle a trop dérivé sous le vent. Avant-hier elle s’est laissé griser dans un très long bord au bout duquel elle est tombée et a perdu sa planche. Moi j’attendais qu’elle revienne vers moi pour ne pas cramer trop d’essence. Je suis allé la rejoindre mais j’ai mis quelques minutes tellement elle était loin. Elle avait pas mal dérivé quand je suis arrivé et on n’a pas retrouvé la planche. Heureusement, Victor qui vient nous voir dans 10 jours va nous en amener une. Et un téléphone parce que j’ai bêtement mis le mien à l’eau. Les cartes SIM ont survécu donc on peut toujours me joindre sur les mêmes numéros.
Nous sommes en ce moment au mouillage le long de l’ile d’Aukena. Mouillage super sympa dans 2,5 d’eau sur fond de sable à 3 ou 4 longueurs de la plage. Pas mal de bateaux avec des enfants, donc plein de copains pour Elise et Jean. On va rentrer en fin de semaine à Rikitea pour se ravitailler et aussi parce qu’à partir de lundi, Elise, Jean et Mathéo vont à l’école du village pendant une semaine. Ça va faire des vacances à Sophie et on va en profiter pour buller un peu et faire des randos (sans oublier Julie qui elle travaille toujours à bord).

Mouillage près de la barrière

On se couvre, il commence à faire plus frais sous ces latitudes

Le motu d’Eric

L’église St Michel de Rikitea, la plus grande de Polynésie.

Une bouteille à la mer

Le village de Rikitea vu du haut du mont Duff. Zingaya le bateau le plus à gauche

Pas mécontentes d’arriver

Un passager clandestin

On reprend l’école

L’église de Taravai.

Les Gambier vues de la passe au petit matin

Progression difficile

L’autre côté de l’île chez Denise et Édouard

Coup de barre après avoir carèné pendant 2 heures en apnée un jour de pluie

Ballade à Aukena

Premiers essais à la voile de l’annexe en alu d’appel d’air

La bande des garçons

Julie après une aprem playa

Avec Marcel

Un vrai jardin d’Eden!

Et celle des filles devant chez Bernard et Marie-Noelle

Pêche aux méduses

À Taravai, avec Ariki

Café sur Appel d’air

Les ruines de l’église

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Claire dit :

    Super reportage et belles photos ! Merci !!!

    J'aime

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